A l’instar de l’imagination qu’avait inspirée au marché le capital-risque dans les années 90, les fonds alternatifs ont les faveurs des investisseurs qui ne voient pas d’un bon œil les perspectives de rendement des actions et des obligations. C’est le cas des institutionnels qui semblent particulièrement sous le charme. En effet, à la fin 2004, l’encours des fonds alternatifs avait atteint 256 milliards de dollars US, ce qui représente une hausse de 50% par rapport à l’année précédente.
Dans un rapport du groupe de conseil et de recherche en investissement de Vanguard, l’analyste Christopher Philips explore les opportunités et les risques difficilement identifiables liés à des investissements dans les fonds alternatifs. Il en arrive à la conclusion suivante : les fonds alternatifs sont intéressants dans certains cas mais la plupart des investisseurs institutionnels peuvent obtenir le même résultat (sinon mieux) en s’en passant.
De nouvelles opportunités à explorer
Le terme « fonds alternatif » s’applique aux OPC qui bénéficient d’une réglementation souple et investissent dans une grande variété de stratégies et d’instruments tels que les investissements à découvert et les produits dérivés. Théoriquement, leur flexibilité devrait leur permettre d’offrir un potentiel de rendement et de diversification supérieur.
Les résultats semblent attrayants. La société Van Hedge Fund Advisors révèle que, entre janvier 1988 et décembre 2004, l’indice Van Global Hedge Fund a produit des rendements annualisés de l’ordre de 16%, tout en offrant un niveau de risque (volatilité) plus faible que l’indice MSCI World Equity, qui n’a quant à lui progressé que de 6,6% sur la même période. Les chiffres nous enseignent également que les rendements des fonds alternatifs étaient faiblement corrélés à ceux des actions et des obligations, permettant ainsi d’obtenir une diversification appréciable.
La réalité : un investissement complexe et risqué
Ces chiffres sont alléchants mais les données disponibles sur les fonds alternatifs et les indices sont soumises à des contraintes qui peuvent donner une image biaisée de leur performance réelle. Les principaux éléments à prendre en compte lorsque l’on examine les données relatives aux fonds alternatifs sont les suivants :
- La moyenne des rendements est surestimée. Les bases de données excluent les rendements de fonds qui ont été fermés ou liquidés. Des recherches universitaires, notamment celles de Malkiel et Sata, publiées en 2004, indiquent que ces fonds « survivants » peuvent à eux seuls gonfler les rendements de plusieurs pourcents par an. Les chiffres de performance sont fournis par les sociétés elles-mêmes, ce qui créée en outre un certain « phénomène d’adhésion ». D’un point de vue marketing, une société a toutes les raisons de vouloir publier les rendements de ses fonds si ceux-ci sont excellents. En revanche, il n’est pas très gratifiant de publier des rendements médiocres.
- La volatilité est sous-estimée. A la différence des OPC, qui sont évalués quotidiennement, les fonds alternatifs ne publient leurs performances qu’une fois par mois ou par trimestre, ce qui leur permet de masquer le niveau de volatilité journalier. De plus, le fait que ces fonds ne soient pas valorisés régulièrement laisse présager que leur faible corrélation avec les actions et les obligations est artificielle.
- Des risques supplémentaires ne sont pas à exclure. L’investissement dans des instruments non traditionnels tels que les options, les futures et les devises ou l’utilisation de techniques de gestion telles que les effets de levier, impliquent des risques que la volatilité du fonds ne prend pas en compte. Les mesures de risque traditionnelles sous-estiment la vulnérabilité des fonds à la fameuse « tempête du siècle » (caractérisée par la convergence exceptionnelle d’évènements négatifs).
Considérations d’ordre pratique
La première difficulté d’ordre pratique est qu’il est impossible d’acheter un indice de fonds alternatifs. Les nouveaux « indices investissables » ne sont eux non plus rien d’autre que de grands fonds de fonds alternatifs et ne constituent pas toujours des indices de référence adéquats (les fonds long/short, par exemple, peuvent être ouverts ou fermés). Par conséquent, il vous faudra investir soit dans un fonds de fonds soit dans un fonds individuel qui présentent tous deux des caractéristiques de risque et de rendement très différentes de celles d’un indice.
Si les fonds alternatifs offrent une opportunité de diversification, leur réussite dépendra de la compétence du gestionnaire choisi. Le processus de sélection devra mettre l’accent à la fois sur la gestion du risque et la transparence mais également sur la qualité des rendements par rapport à des stratégies d’investissement similaires. Les aspects qualitatifs, tels que l’intégrité, le sérieux et l’expérience du gestionnaire, sont également primordiaux mais difficiles à évaluer.
Comment trouver un gestionnaire compétent ? Cela requiert des recherches approfondies et une grande expertise. Souvent, les meilleurs gestionnaires n’acceptent plus de nouveaux clients et, pour ceux qui en acceptent encore, l’investissement minimum requis peut atteindre entre 1 et 5 millions de dollars US. Dès lors, quiconque voudra investir 5% de ses actifs dans des fonds alternatifs devra détenir un portefeuille d’une valeur globale de 20 à 100 millions de dollars US.
De plus, les frais, en ce compris les commissions de gestion et de performance (généralement fixées aux alentours de 2% des actifs et 20% des bénéfices, respectivement) ont un impact considérable sur les performances. Certains investisseurs ont également dû s’acquitter d’importants frais d’entrée et de sortie supplémentaires. Enfin, les fonds de fonds imposent souvent une commission annuelle de 1% plus 10% sur les bénéfices réalisés. Pour être rentable, un fonds doit donc réussir à surperformer des marchés réputés raisonnablement efficients tout en digérant une base de coûts élevée.
Les conclusions de Vanguard
A première vue, les fonds alternatifs paraissent attrayants. Cependant, à y regarder de plus près, les données disponibles posent problème, le risque de repli est important et les frais sont élevés. D’autre part, bien qu’un certain nombre de gestionnaires et de stratégies délivrent des rendements positifs tout en étant faiblement corrélés aux autres marchés, la réussite d’un tel investissement dépend de la sélection d’un gestionnaire et d’une stratégie efficaces. Les nombreuses complications et l’incertitude des résultats associées à un investissement dans des fonds ou des fonds de fonds alternatifs nécessitent des choix judicieux de la part de l’investisseur car les avantages que de tels fonds peuvent apporter au niveau des rendements et de la diversification ne sont pas aussi évidents à obtenir que ce que l’on a tendance à croire.
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